La Digitale pourpre, exubérante beauté des bords de chemins

Digitale pourpre

Atteignant aisément la hauteur d’un Homme adulte, la Digitale pourpre (Digitalis purpurea) de la famille des Scofulariacées est l’une des espèces végétales les plus facilement identifiables des Vosges du Nord. Très commune, elle se développe très bien aux abords ensoleillés des chemins, dans les clairières sylvestres et les bois peu denses. Il s’agit d’une plante affectionnant les milieux acides semi ombragés ou ensoleillés qui sont très bien représentés sur notre territoire.

Description de la Digitale pourpre

La Digitale pourpre est une bisannuelle, c’est à dire que son cycle de vie s’étale sur deux ans. La première année est consacrée au développement de l’appareil végétatif de la plante se réduisant à une rosette de feuilles oblongues disposées au ras du sol. Ce n’est que lors de la seconde année que croît une haute tige duveteuse : la hampe florale, flanquée d’une grappe de fleurs, toutes orientées du côté le plus ensoleillé. Lorsque son habitat lui est très favorable, l’espèce peut même acquérir un caractère vivace, fleurissant plusieurs années consécutives.

Les fleurs tubulaires de Digitalis purpurea, formées par des pétales soudés, sont à l’origine du nom de la plante car elles s’apparentent à des doigts de gant. Nous retrouvons la même idée dans de nombreuses autres de ses appellations vernaculaires comme la gantière, gants de Notre-Dame, gantelée, dé de Notre-Dame… Leur couleur est bien entendu majoritairement pourpre mais elles sont également tachetées d’une nuance plus foncée cerclée de blanc à l’extrémité velue des corolles. Il est à noter qu’il en existe plusieurs nuances de pourpre mais également un phénotype blanc. La forme tubulaire des fleurs n’est pas anodine car elle traduit une spécialisation évolutive de la plante favorisant une stratégie de pollinisation entomochore. En effet, les gros insectes pénétrant dans les « doigts » pour butiner vont inévitablement frotter leurs dos et ailes aux étamines courant le long de la partie supérieure de la corolle. Ils vont ainsi en ressortir bien chargés en pollen, qu’ils transporteront vers un plant voisin. Cette dissémination des gamètes mâles est essentielle : la Digitale étant une espèce strictement allogame, l’auto-fécondation n’est pas possible.

 

Les fructifications de la plante apparaissent d’abord au bas de l’épi floral, sous forme de capsules ovoïdes contenant des graines rectangulaires.

Propriétés remarquables

Taches pourpres sombres, marginées de blanc, qui ponctuent la fleur

Si l’apparence de la Digitale pourpre aura sans doute suffi à l’inscrire dans l’imaginaire populaire, ses propriétés toxicologiques, connues depuis l’Antiquité, lui y ont garanti une place de choix. La plante, et notamment son appareil végétatif, contient une substance à laquelle elle a donné son nom : la digitaline, aussi appelée digitoxine. Ce composé chimique possède entre autres des propriétés cardiotoniques permettant à la médecine de traiter certains troubles du cœur. La médecine utilise la Digitale depuis très longtemps, de manière très hasardeuse dans un premier temps, et de façon quantitative qu’à partir du milieu du XIXe siècle. La digitoxine ralentit et normalise notamment la fréquence des battements tout en augmentant la puissance des contractions du myocarde. Cependant, à forte dose, elle se révèle être un poison violent voire mortel ayant sans nul doute été abondamment utilisé au cours de l’Histoire. A titre d’exemple, nous pouvons citer l’affaire Couty de la Pommeraie : en 1863, le docteur Couty de la Pommeraie a assassiné sa maîtresse, Julie de Pauw dans le but de récupérer une importante somme d’argent sous forme d’assurances vie. La malheureuse a agonisé douloureusement dans son lit et l’assassin, qui faillit bien passer au travers des mailles des filets des enquêteurs, fut trahi par les traces de digitaline retrouvées sur le plancher de la victime, maculé par ses vomissements.

Précisons également que si la teneur en digitaline de la plante peut fortement varier en fonction du lieu et du climat, celles poussant dans les Vosges sont citées par A. Rolet et D. Bouret dans leur ouvrage Plantes médicinales – Culture et cueillette des plantes sauvages, comme étant particulièrement riche en toxines.

Ce qui est étonnant, c’est que le caractère vénéneux de la plante s’oppose quelque peu à la connotation plutôt positive de celle-ci dans les croyances populaires ! Cela se traduit évidemment au niveau des noms vernaculaires de Digitalis purpurea évoqués plus haut, qui sollicitent des champs lexicaux liés aux doigts, et même à la Vierge Marie. La Jusquiame noire, une autre plante toxique dont nous avons déjà parlé sur vosges-du-nord.fr était affublée de dénominations nettement plus péjoratives (Fléaux des poules, Fève des cochons ou encore herbe des sorcières, etc). Cette différence de traitement est sans doute liée aux aspects respectifs des deux fleurs, la Digitale attire le regard et fascine, tandis que la Jusquiame propose un aspect moins engageant associé à une odeur fétide. Une autre preuve de notre attachement à cette espèce réside dans le fait que nous l’utilisons comme plante ornementale des jardins en dépit de son caractère hautement toxique.

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