La Meta menardi, une prédatrice du monde souterrain

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Meta menardi femelle

Il existe des espèces animales ou végétales répandues, mais qu’il est rare de rencontrer, car celles-ci peuvent occuper des biotopes peu arpentés par l’Homme. C’est précisément le cas de la Meta menardi, une araignée cavernicole qui occupe des habitats remplissant des conditions bien particulières.

Cette espèce appartient à la famille des Tetragnathidae, qui se caractérise par de longues chélicères, les organes portant les crochets venimeux. Elle peut vivre jusqu’à 2 ou 3 ans, contrairement à la plupart des araignées de nos contrées qui sont annuelles. Cette particularité leur permet d’atteindre une taille tout à fait respectable avec une envergure de 6 à 8 centimètres pour un corps d’un peu moins de 2 centimètres en ce qui concerne les spécimens femelles les plus imposants. Le mâle est quant à lui légèrement plus petit et se distingue par un abdomen plus pointu et allongé tandis que celui de la femelle est plus gros et bien rond.

Cette grande araignée des cavernes est dotée de longues pattes annelées alternativement de brun et de noir recouvertes de poils appelés trichobothries qui sont des organes sensoriels permettant à l’animal de percevoir les moindres vibrations de son environnement. La Meta menardi s’identifie relativement facilement en observant son abdomen brunâtre et brillant, coloré de motifs jaunes, oranges ou rouges selon les populations. Ce dernier se voit également surmonté de deux taches noires près de la jonction avec le thorax ce qui lui donne une allure de masque.

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Spécimen mâle

La Meta des cavernes est inféodée, comme dit précédemment, à des conditions de vie bien particulières. Elle affectionne les milieux dépourvus de lumière, à l’air humide et aux températures fraîches et peu fluctuantes, ne descendant jamais sous les 7°C. Or c’est principalement dans les espaces souterrains, naturels ou non, que ces critères sont satisfaits. Dans les Vosges du Nord, cette araignée est très fréquentes dans les galeries taillées par l’Homme dans le grès, comme par exemple celles situées sous les ruines du Rammstein à Baerenthal (généralement fermées au public), mais aussi et surtout dans la plupart des ouvrages abandonnés de la ligne Maginot pourvus de parties souterraines. Enfin, il est aussi possible de la rencontrer dans des espaces plus anthropisés comme certaines caves humides voire même dans les égouts et autres canalisations. La Meta menardi cohabite avec tout un cortège d’espèces dont certaines constitue la base de leur régime alimentaire, tandis que d’autres les côtoient plus ponctuellement lors de phases de repos ou d’hibernation. C’est le cas par exemple du papillon de nuit la Découpure (Scoliopteryx libatrix) observé au sein de la même caverne. Nous avons aussi rencontré Metellina merianae, une autre espèce d’araignée cavernicole. Ces milieux sont également fréquemment occupés par diverses chauve-souris.

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Découpure (Scoliopteryx libatrix)

 

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Metellina merianae

 

 

 

 

 

 

 

La biologie reproductive de la Meta des cavernes est tout à fait intéressante et témoigne des adaptations évolutives permettant la survie d’espèces aussi peu tolérantes aux variations des conditions de son biotope. L’accouplement a lieu au début de l’été. La femelle fécondée va ensuite tisser un cocon de soie en forme de baluchon suspendu par un fil solide au plafond de la caverne, toujours non loin d’une sortie baignée par la lumière du jour. Ce détail est primordial, car si les adultes sont clairement photophobes, une partie de la progéniture quittant le cocon au printemps sera photophile lors de ses premiers stades de développements. De jeunes araignées vont ainsi quitter leur lieu de naissance, attirés par la clarté, en vue de coloniser de nouveaux espaces ou d’apporter du sang neuf dans des populations préexistantes. Cette singularité permet donc à la fois l’expansion de l’espèce et l’apport de diversité génétique dans les colonies déjà établies. Ce mécanisme biologique est efficace puisqu’il aura permis à la Meta menardi de coloniser la plupart des pays continentaux de l’hémisphère Nord.

Pour le mot de la fin, nous rappellerons simplement qu’en cas de rencontre avec cette araignée, il est de rigueur de l’observer avec respect en perturbant le moins possible son biotope dont nous ne sommes que l’inopportun visiteur. De plus, pour les plus arachnophobes d’entre-nous, précisons que Meta menardi est tout à fait inoffensive pour l’Homme.

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