La Salamandre tachetée, habitant fascinant et discret des forêts

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Salamandra salamandra – Salamandre tachetée

Les Vosges du Nord sont un territoire reconnu pour sa biodiversité. Certaines espèces animales comme le Faucon pèlerin sont par ailleurs devenues emblématiques de ce territoire. Il existe cependant une Faune nettement plus discrète, au mode de vie nocturne et qui pratique l’art du camouflage avec une grande efficacité. La Salamandre tachetée (Salamandra salamandra) appartient à ces animaux qui trouvent un biotope très favorable dans les forêts des Vosges du Nord, mais que l’on ne rencontre fortuitement qu’avec beaucoup de chance.

Description de l’espèce

La Salamandre tachetée est un Amphibien de l’ordre des Urodèles, c’est à dire qui conserve une queue au stade adulte contrairement aux Grenouilles et Crapauds, qui la perdent peu à peu au cours de leurs différents stades larvaires. La Salamandra salamandra se reconnaît aisément à sa peau noire, brillante et tachetée d’un jaune vif. Le nombre, la forme et la taille de ces taches sont déterminés par son environnement. Ainsi, sur un feuillage bien jaune d’automne par exemple, l’épiderme de l’animal sera davantage constellé de jaune que sur une lande herbeuse. Ce camouflage rend l’animal encore plus difficile à observer, en plus de son mode de vie plutôt nocturne. De plus, cet amphibien se déplace lentement, le ventre rasant le sol, ce qui confère une furtivité certaine à ses mouvements. Enfin en saison froide, les individus hibernent dans des abris souterrains tels que des grottes, d’anciennes galeries artificielles et parfois même dans les caves des habitations limitrophes à leur milieu de vie.

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Spécimen d’une quinzaine de centimètres avec son épiderme visqueux bien visible

La reproduction de la Salamandre est tributaire de la présence de points d’eaux calmes. Les fonds de vallées tourbeux des Vosges du Nord offrent des conditions tout à fait favorables à cet effet. L’accouplement a lieu principalement en été. La femelle garde alors les œufs fécondés dans son appareil reproducteur jusqu’à la fin du stade embryonnaire. C’est alors au printemps qu’elle dépose directement des jeunes larves dans une mare ou un étang : c’est ce qu’on appelle une reproduction ovovivipare. Les différents stades larvaires de l’espèce s’étendent sur environ cinq mois. A l’âge adulte, la Salamandre tachetée peut atteindre une vingtaine de centimètres et se nourrit principalement de petits invertébrés. Sa longévité est considérable et peut dépasser la vingtaine d’années !

Un animal vénéneux ?

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Les glandes secrétant les toxines sont bien visibles sur la tête de l’animal (petits points noirs)

Hors de l’eau, la Salamandre tachetée ne compte que très peu de prédateurs. Dans le règne animal, les couleurs vives sont en général un message d’avertissement, car elles sont souvent corrélées avec les caractères venimeux ou toxiques d’une espèce, notamment chez les amphibiens. La Salamandre tachetée est effectivement vénéneuse. Elle possède des glandes à l’arrière des yeux et sur le dos, secrétant un cocktail de neurotoxines à base notamment de samandarin. Il se diffuse dans le mucus luisant qui tapisse la peau de cet Urodèle. Ce poison ne présente pas d’effets notoires sur la peau humaine hormis une légère sensation de brûlure, mais en contact avec les muqueuses, il peut provoquer des troubles neurologiques transitoires comme la contraction involontaire de certains muscles. L’effet est d’autant plus intense que le sujet empoisonné est petit. Attention donc à vos compagnons à quatre pattes qui seraient bien mal avisés de tenter de croquer une Salamandre tachetée. Enfin, précisons que la faible pression de prédation qui pèse sur la Salamandre en a fait un animal très peu craintif qu’il est possible d’observer de très près à condition de ne pas le contrarier.

Une propriété biologique surprenante : la régénération

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Salamandre salamandra – Salamandre tachetée

La Salamandre est donc pourvue d’un certain nombre de caractéristiques biologiques étonnantes, mais la plus impressionnante réside dans sa faculté à régénérer certaines parties ou organes de son corps. Si cela est relativement courant chez les invertébrés, cela reste très atypique chez les vertébrés. Le lézard, peut partiellement régénérer sa queue, mais la salamandre peut faire de même avec ses doigts, ses pattes ou encore un œil ! Les chercheurs ont mis en évidence une collaboration étroite entre le système immunitaire de la salamandre et les mécanismes de division cellulaire permettant de recréer la partie manquante à partir de la plaie. Si la science étudie de près ce phénomène, c’est dans l’espoir de pouvoir l’appliquer aux mammifères et ultimement à l’Homme.

La Salamandre et l’Homme à travers les âges

Avec ses couleurs, sa toxicité ou encore sa faculté de régénération… nul doute que la Salamandre tachetée ait excité l’imaginaire de nos ancêtres ! Elle est mentionnée dès l’Antiquité comme un animal mythique réputé pouvoir traverser les flammes sans en subir les effets. Au Moyen-Age, elle apparaissait sur certaines armoiries. On disait alors qu’elle « fait mourir et éteint le feu par sa froideur extraordinaire » et était symbole d’indestructibilité. Charles d’Angoulême la prit pour emblème tout comme François Ier qui y apposa la devise « Nutrisco et extinguo » – je le nourris et l’éteint (le feu), mais qui peut ainsi s’interpréter plus largement comme je nourris les bons et j’anéantis les méchants.

Ces croyances autour de la Salamandre ont causé plus de torts que de bien à l’espèce. De nombreux curieux ont testé la légende comme mentionné dans Herpétologie générale de Duméril et Bibron :

Placée, en effet, au milieu de charbons de bois en pleine ignition, ces victimes d’une si cruelle curiosité, mises en expérience, ont en un instant même laissé exsuder des pores nombreux dont leur corps est criblé, une humeur gluante assez abondante pour former une couche visqueuse sur la portion de charbon incandescent avec laquelle l’animal était en contact et, comme cette surface à l’instant même est devenue tout à fait noire, n’étant plus en rapport avec l’air, on a cru qu’elle était éteinte. Mais l’animal en a éprouvé des brûlures telles qu’il ne tarde pas à succomber.

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Salamandra salamandra – Salamandre tachetée

Statut de protection

Aujourd’hui la Salamandre tachetée est protégée en France ainsi qu’à l’échelle Européenne. Bien que son aire de répartition géographique soit assez large, les populations ont vu leur densité chuter au cours des dernières décennies, principalement en raison d’une fragmentation de leur habitat, mais aussi et surtout du recul des zones humides et de la contamination des eaux, notamment par les pesticides. Salamandra salamandra est donc un bel exemple qui démontre que l’imbrication de zones humides et de forêts de feuillus saines constitue un facteur de biodiversité, qui caractérise parfaitement les Vosges du Nord.

Remerciements :

Merci à S.Roth, seul à avoir eu un appareil photo sur lui lors de notre rencontre avec la Salamandre tachetée! C’est à lui que nous devons ces clichés!

2 commentaires

  1. Jean-Marie LAUWERS

    Je me permets d’apporter une petite rectification : il s’agit d’un animal « venimeux » (venin) et non « vénéneux » comme les champignons.
    Bien cordialement.

    • vosges-du-nord.fr

      Bonjour et merci pour votre commentaire !

      Non, il n’y a pas d’erreur de terminologie ! On parle d’animal venimeux lorsque celui-ci possède un système d’inoculation du venin comme un serpent ou une araignée. Un animal vénéneux, quant à lui est toxique de manière diffuse afin de le rendre impropre à la consommation par les prédateurs. Ce terme n’est pas réservé au monde végétal ou mycologique.

      Cordialement,

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