L’Anémone pulsatille, l’étoile du printemps

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Anémone pulsatille

L’Anémone pulsatille (Anemone pulsatilla) est l’une des premières plantes à fleur qui s’épanouit aux premières heures printanières. Il s’agit sans nul doute de l’une des espèces florales les plus spectaculaires qu’il est possible d’observer au Pays de Bitche.

Ce végétal de la famille des Renonculacées pousse sur des versants, occupés par des pelouses sur calcaire, ensoleillés et plutôt secs. Il ne sera donc pas possible d’en observer sur sable gréseux, et il faudra plutôt arpenter les plateaux calcicoles afin de rencontrer cette Anémone. Sa fleur, dépourvue de pétales, est composée de 6 sépales pétaloïdes d’un violet profond, qui viennent sertir un groupe d’étamines d’un jaune éclatant. Elle peut atteindre un diamètre d’une dizaine de centimètres pour les plus imposants spécimens. Précisons également qu’il existe une variété blanche de l’espèce appelée Anemone pulsatilla alba.

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Pelouse calcaire peuplée d’Anémones pulsatilles

La face extérieure des sépales est plus pâle et recouverte de poils blancs. C’est aussi le cas des feuilles pennées argentées de l’Anémone pulsatille. Elles s’organisent en rosette autour de la tige et sont composées de nombreux folioles longiformes, ce qui lui leur donne une allure très découpée. Les fructifications sont également intéressantes à observer car elles sont surmontées d’aigrettes velues créant une sorte de duvet coiffant la plante qui s’agite au moindre coup de vent. C’est d’ailleurs de ces aigrettes que la plante tire son étymologie : Anemone
provient du grec anemos – le vent, tandis que pulsatilla dérive du verbe latin pulsare – battre, frapper. C’est aussi grâce à ces structures que les graines de la plante sont disséminées par les bourrasques : on parle d’anémochorie, mécanisme biologique dont nous nous sommes déjà tous amusé en soufflant sur les akènes de Pissenlit !

L’Anémone pulsatille possède également de nombreuses appellations vulgaires comme Coquelourde, Herbe au vent, Fleur de Pâques, Teigne-oeuf, Passe-fleur, Passe-velours. Ces noms sont en rapport avec l’apparence de la plante durant un de ses stades de développement, avec sa période de floraison, ou encore avec le lieu dans lequel on la trouve.

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Orchis Male (Orchis mascula) poussant à proximité des Anémones pulsatilles

La fleur possède la propriété de s’ouvrir au moindre rayon de soleil et de se clore tout en se recourbant vers le sol lorsque les conditions ne lui sont pas favorables. Il est donc fortement recommandé de les observer par beau temps. En sa présence, scrutez également les alentours car ces Anémones pulsatilles sont bien souvent les compagnes de certaines espèces d’orchidées sauvages.

Comme la plupart des Renonculacées, l’Anémone pulsatille est très toxique en cas d’ingestion, mais elle a trouvé par le passé quelques usages médicaux. En effet, les feuilles de la plante sont rubéfiantes, c’est à dire qu’elles ont un effet antalgique sur la peau : la douleur se voit ainsi soulagée mais une rougeur peut apparaître d’où le qualificatif de rubéfiant. Les fleurs pour leur part étaient autrefois séchées et réduites en une poudre sternutatoire qui aurait la vertu de chasser les maux de tête. L’usage médical de la plante non raffinée a finalement été écarté, car sa toxicité a engendré de graves conséquences comme en témoigne le passage suivant, rapporté dans le monde des plantes en 1895 :

« J’ai vu, dit-il, un accident très grave être la suite de la racine de cette plante, pilée et appliquée à nu sur le gras de la jambe d’un vieillard. Depuis longtemps, ce malheureux souffrait d’un rhumatisme goutteux et faisait sans succès tout au monde pour se soulager. Une bonne femme lui apporte cette racine et après l’avoir assuré avec ce ton qui persuade que s’il voulait faire ce qu’elle lui dirait, il serait guéri, voici ce qui arriva le vieillard broya cette racine entre deux pierres c’était au printemps, et il faisait chaud il se l’appliqua sur le mollet, but une bonne bouteille de vin, et se coucha. Ce remède manqua de lui coûter la vie il y avait bien dix à douze heures qu’il éprouvait les plus cruels tourments, lorsque enfin il devint forcé d’appeler du secours. On courut chercher un chirurgien qui trouva toute la jambe gangrenée et le malade dans le plus dangereux état. Les scarifications, des compresses d’eau-de-vie camphrée furent encore administrées assez à temps pour s’opposer aux progrès du mal, et par des soins et un traitement convenable le malade guérit et même assez promptement. Il est bon d’observer que cet homme ne s’est jamais ressenti depuis de son rhumatisme. »

Constantin, Paul (18..-1901). Le monde des plantes, 1895

Actuellement, l’Anémone pulsatille intervient cependant encore de manière très raisonnée dans de nombreux traitements homéopathiques sous l’appellation de Pulsatilla. Cette préparation est notamment préconisée dans le traitement de maladies respiratoires ou digestives.

Il est important de préciser que l’Anémone pulsatille est une espèce sensible que l’on croise souvent dans des sites protégés à l’échelle nationale ou européenne, qu’il s’agira de traiter avec respect. Il est donc impératif de se contenter de l’observer et de prendre quelques clichés afin d’immortaliser la beauté de cette plante. Si toutefois vous tenez à en posséder, il est possible d’en acquérir dans la plupart des jardineries. Vous pourrez ainsi profiter chaque année de la beauté de la fleur à l’arrivée du printemps.

Anémones pulsatilles en fin de floraison

Anémones pulsatilles en fin de floraison

Enfin, cette espèce oligotrophe (aimant les milieux pauvres en éléments nutritifs), se développant sur pelouses calcaires, nous positionne au cœur du débat qui s’articule entre l’agriculture et la biodiversité. En effet, si d’une part l’apport d’engrais chimiques ou organiques sur une parcelle, en vue d’augmenter la production de foin, engendre des milieux trop riches pour permettre le développement de la plante ; d’autre part l’Anémone pulsatille est inféodée aux milieux ouverts et fortement ensoleillés. Or ces derniers sont bien souvent protégés de l’embroussaillement par les troupeaux sur pâturages extensifs qui va empêcher le développement d’arbustes ou de buissons.

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