Le Dreipeterstein, à la croisée de trois seigneuries

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Rochers du Dreipeterstein, vue d’ensemble

Nous avons précédemment consacré un article aux bornes frontières délimitant la Lorraine du comté de Hanau-Lichtenberg. Or, il se trouve qu’il subsiste sur les hauteurs du village de Meisenthal, un lieu étonnant, rattaché à cette passionnante histoire : le Dreipeterstein (ou Dreypeterstein), signifiant littéralement pierre des trois Pierre.

Description

En suivant le chemin forestier de la colonne, on découvre deux rochers de taille assez importante, entourant un troisième bloc plus modeste. Les deux plus grands présentent des surfaces relativement planes, intégralement recouvertes de graffiti d’époques diverses. Le premier bloc est marqué d’un écu contenant la croix de Lorraine, surmonté de l’inscription « Lotring », tandis que le deuxième présente encore les traces de l’écu à chevrons des Hanau-Lichtenberg. Chacun des écussons est souligné par la date de 1608, correspondant à la définition de nouvelles frontières, au terme d’une procédure judiciaire entre le Duc de Lorraine et le comte de Hanau-Lichtenberg, au sujet de la seigneurie de Bitche. Chaque écu est orienté vers les terres auxquelles il appartient.

La tradition suppose que le troisième rocher fut jadis également armorié. Il aurait porté les armes des Nassau, dont la seigneurie touchait à ses deux voisines en ce point très précis.

Ces pierres, marquent donc le point de rencontre de trois importantes seigneuries locales.

Des rochers choisis au hasard ?

Il semble que ces pierres n’aient pas été choisies par hasard. Pourtant, rien ne vient a priori justifier l’usage de ces blocs de pierre comme marqueurs de frontière. En effet, rien n’est plus simple que d’ériger des bornes pour matérialiser une limite, sans se donner la peine de chercher des éléments naturels se prêtant à cet usage.

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Breitenstein ou pierre des douze Apôtres

Cependant les pierres du Dreipeterstein ne sont pas des rochers parmi tant d’autres : ils ont, depuis la plus haute Antiquité, joué un rôle important dans le paysage local. Tout comme le menhir du Breitenstein (Pierre des douze Apôtres, dont nous reparlerons prochainement), les rochers du Dreipeterstein semblent, depuis l’époque celte, avoir revêtu une fonction particulière, peut-être rituelle. Véritables pierre druidiques, Charles Abel, s’avance d’avantage en les qualifiant de « débris de dolmen ». Par ailleurs, il est vraisemblable que dès l’époque romaine, ces rochers aient servi de pierres bornales.

Quoiqu’il en soit, le choix de ces rochers comme limites des seigneuries n’était donc pas lié au hasard, mais se referait à une tradition ancestrale. Ainsi, lorsque au XVIIe siècle les écus furent sculptés, ce n’était que pour réaffirmer, et marquer visuellement une limite préexistante, qui avait été bafouée par l’appropriation de la seigneurie de Bitche par Philippe V de Hanau-Lichtenberg.

L’origine du lieu étant clarifiée, on est désormais tenté de se pencher sur l’origine du nom « Dreipeterstein. »

Le Dreipeterstein, ou pierre des trois Pierre.

Le nom sous lequel le lieu est désigné interpelle le visiteur. En effet, la pierre des trois Pierre fait l’objet d’une légende tenace mettant en scène la rencontre de trois seigneurs nommés Pierre. Le Duc de Lorraine, le comte de Hanau-Lichtenberg et le comte de Nassau, se seraient retrouvés en ce lieu pour se reposer après une chasse mémorable, en restant néanmoins chacun sur ses terres !

Cette anecdote pose un problème de taille ! Jamais au cours de l’Histoire, il n’y eut en ces terres trois seigneurs nommés Pierre. Qui plus est, jamais Duc de Lorraine ne porta ce prénom ! D’où vient alors cette appellation de pierre des trois Pierre ? Il se pourrait qu’il s’agit tout simplement d’une mésinterprétation du terme « petra », rocher en Latin. Pour que les trois pierres (nom commun), deviennent les trois Pierre (nom propre), il n’y a qu’un pas. C’est vraisemblablement à partir de cette confusion qu’a été forgé le récit de la rencontre légendaire des trois personnages…

L’écu des Nassau

Comme mentionné précédemment, les récits populaires évoquent un troisième écu, celui des comtes de Nassau. Or, il n’y en subsiste aucune trace. Il est pourtant avéré que la seigneurie de Nassau rencontrait ses deux voisines en ce lieu. Toutefois, l’absence d’écu est historiquement cohérente. Il faut rappeler qu’il y eut seulement un contentieux entre le Duc de Lorraine et le comte de Hanau-Lichtenberg. Ceci justifie la présence des deux écus correspondant, sculptés en 1608. Cette mésentente ne concerna en rien la seigneurie de Nassau, ce qui explique sans doute l’absence d’armoiries.

Ce surprenant vestige commun à l’histoire du Pays de Bitche et de l’Alsace influence encore de nos jours la géographie de notre région. En effet, la limite entre le Bas-Rhin et la Moselle effleure encore ces trois rochers, avant de suivre sur plusieurs kilomètres les jalons historiques, que ce soit la pierre des Douze Apôtres ou encore les bornes de 1605 et 1608.

Un commentaire

  1. au sujet du chemin des bornes voir l’émission en platt sur tv cristal :
    http://www.tvcristal.net/video.php?id=tIFYDOTxM5

    et aussi le 25 janvier :
    https://www.facebook.com/pages/Club-Vosgien-de-Bitche/217882591737179?sk=timeline
    cordialement
    Gilbert Fogel

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