Le Fleckenstein vu par Matthäus Merian, une représentation fidèle d’un château des Vosges du Nord?

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Matthäus Merian, le château de Fleckenstein, 1647

Il existe peu de documents nous permettant de connaître l’apparence des châteaux des Vosges du Nord, avant leur destruction, sous le règne de Louis XIV. Il subsiste cependant pour l’une des forteresses les plus emblématiques – le Fleckenstein – une belle gravure sur cuivre, datée de 1647. Cette œuvre, due au burin de Matthäus Merian, nous livre une vision des lieux, oscillant entre vraisemblance et exagération. Ainsi, dans quelle mesure peut-on se fier à une telle représentation ?

Matthäus Merian

Sans titre - Copie

Wenceslas Hollar, Bourgeoise de Strasbourg, 1643

Le graveur bâlois Matthäus Merian (1593-1650) débute son parcours artistique à Zurich, avant de rejoindre Strasbourg, puis Nancy, où il devient l’élève de l’illustre Jacques Callot (1592-1635). Après ses nombreuses pérégrinations, il s’installe à Francfort, où il travaille notamment pour l’éditeur Johann-Theodor de Bry. Merian sera lui-même le maître d’un autre grand nom de la gravure : Wenceslas Hollar (1607-1677).

Au cours de sa carrière, Merian réalisa un très grand nombre de gravures d’illustrations d’ouvrages très divers, parmi lesquels nous retrouvons la célèbre Topographia Germaniae du géographe Martin Zeiller (1589-1661). C’est de cet ouvrage abondamment illustré, qu’est tirée la gravure du château de Fleckenstein. On la retrouve dans le tome 11 de l’édition originale, consacré à l’Alsace, à la page 18.

La gravure du château de Fleckenstein, une invention de Merian?

L’artiste nous présente dans son œuvre une forteresse impressionnante ! Entourée d’eau, une enceinte aux tours rondes et massives protège un rocher élancé supportant le « palais », c’est à dire la partie résidentielle du château. A comparer cette représentation aux vestiges conservés, on se pose immédiatement la question suivante : Matthäus Merian a-t-il, pour réaliser cette gravure, observé lui-même le Fleckenstein, ou bien a-t-il travaillé à partir de documents préexistants ?

En réalité, Matthäus Merian n’a rien inventé en gravant cette représentation du Fleckenstein : il a simplement repris la vision qu’en avait livré l’architecte strasbourgeois Daniel Specklin (1536-1589). Ce-dernier était particulièrement connu pour sa connaissance des fortifications. Il avait notamment participé au remaniement du château de Lichtenberg. Specklin avait également proposé un projet de remaniement du Fleckenstein…Il s’agit donc d’une vision idéale de l’édifice, reflétant l’esprit Humaniste de la Renaissance, et en aucun cas un état historique de la forteresse!!

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Les ruines du château de Fleckentstein

Ainsi, sur la gravure, la physionomie d’ensemble du château est respectée dans ses grandes lignes : en témoignent la présence de la tour d’escalier au milieu de l’ensemble, mais aussi celle de la chapelle à flanc de rocher. On note cependant immédiatement les exagérations des dimensions de la forteresse. La première concerne bien sûr les proportions du rocher, extrêmement élancé et fin. Cette inexactitude peut avoir deux explications. Premièrement, l’artiste et avant lui Specklin, ont peut-être retranscrit cette vision biaisée du château, en raison de la finesse de  la barre rocheuse. En effet, le rocher étant large mais très étroit, c’est peut-être cette caractéristique qui aurait particulièrement été mise en valeur. Cependant, il ne faut pas exclure non-plus une exagération volontaire pour augmenter l’effet de puissance qu’inspirait alors le château, ou tout simplement pour flatter et souligner le statut de la famille qui le possédait…

 

Deuxièmement, la présence de fossés humides autour du château ne correspond en rien à la réalité. Si fossés il y eut, il se serait agi de fossés secs… La présence d’une enceinte d’eau était sans doute pour Specklin un élément essentiel pour une forteresse parfaite ! Il en va de même pour l’entrée du château, ne se situant pas au bon emplacement, tandis que les tours rondes de l’enceinte, visibles sur la gravure, n’ont jamais été édifiées. Enfin, la symétrie quasi parfaite de la partie résidentielle, dite « palais », est une pure invention de Specklin, exprimant simplement la vision idéale de la résidence d’un grand seigneur.

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Le Fleckenstein vu depuis le sentier menant aux ruines du château de la Hohenbourg

Conclusion

Aussi séduisante que puisse être cette gravure, elle ne reflète qu’une vision imaginaire et idéale de la forteresse, qu’il s’agit d’appréhender avec prudence. L’œuvre reste néanmoins précieuse car elle est le fruit de la réflexion d’un architecte de la Renaissance. Reflétant la vision Humaniste d’un château, la gravure est également remarquable parce qu’elle est l’un des uniques supports ayant permis aux érudits du XVIIe siècle, de prendre connaissance des dispositions générales du Fleckenstein… Le travail de Merian, même s’il ne s’agit que d’une copie servile, aura permis de diffuser massivement l’image de ce château. L’artiste aura donc eu une influence capitale sur l’idée que se faisaient  ses contemporains d’un château des Vosges du Nord…

Pour la visite du Fleckenstein, vous trouverez ci-dessous le lien du site officiel du château :

http://www.fleckenstein.fr/

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