Le Grand Murin, furtif prédateur de l’obscurité

Grand Murin, Myotis myotis

Certains animaux peuplant les Vosges du Nord sont particulièrement discrets. Plusieurs d’entre eux, comme la Meta menardi, vivent confinés dans des habitats particuliers peu fréquentés par l’Homme. D’autres possèdent un mode de vie nocturne, comme les différentes espèces de Chouettes, ou encore les Chiroptères. Ces-derniers sont des mammifères communément appelés Chauve-souris, véritables spécialistes de la furtivité. En effet, habilement dissimulées durant le jour, c’est à la tombée de la nuit que ces créatures prennent leur envol afin de chasser dans le plus grand silence, du moins pour nos oreilles humaines. Il est toutefois possible d’apercevoir leurs agiles silhouettes se découper dans l’obscurité et cela n’a pas manqué d’aiguiser notre imaginaire depuis bien longtemps. Tantôt présage de malheur, tantôt affiliées au diable ou à des formes vampiriques suceuses de sang, les Chauves-souris endossent encore aujourd’hui le rôle d’animal mystérieux et effrayant. La réalité est toute autre et nous vous invitons à la découvrir à travers l’exemple du Grand Murin (Myotis myotis), l’un des Chiroptères les plus grands d’Europe.

Présent dans les Vosges du Nord, mais également sur l’ensemble du territoire français, le Grand Murin, est un animal nocturne qui passe ses journées suspendu aux plafonds de grottes ou galeries souterraines, mais aussi sous les toitures des granges, des églises etc. Il s’agrippe à l’aide de ses pattes postérieures pourvues de griffes. A la tombée de la nuit, cette Chauve souris s’envole pour quitter son gîte. Elle possède des ailes formées d’une fine membrane dermique reliant les bras aux pattes postérieures, le tout étant charpenté par les os de trois très longs doigts de la main. Une autre membrane se trouve entre les pattes arrières servant de gouvernail, de la même manière que les plumes rectrices de la queue des oiseaux. Ailes déployées, l’envergure du Grand Murin avoisine les 40 cm. Très agile en vol même dans l’obscurité la plus complète, l’animal se fie à son ouïe (Myotis, signifie d’ailleurs en grec « oreille de souris »). Il émet en effet des ultra-sons (inaudibles pour l’être humain) qui sont renvoyés par les parois et obstacles aux alentours. Les oreilles très sensibles du Chiroptère vont capter ces échos, lui permettant ainsi de se représenter très fidèlement son environnement.

Méta menardi, partageant les cavernes des Grands Murins

Comme toutes les Chauves-souris européennes, Myotis myotis est un insectivore stricte. Son régime alimentaire se compose majoritairement de Coléoptères chassés au ras du sol comme les Carabes ou les Bousiers. Cependant, l’animal se nourrit également de Lépidoptères (Papillons), d’Orthoptères (Libellules) voire même d’Arachnides. De plus, il lui est aussi tout à fait possible de chasser en plein vol que ce soit par opportunisme ou par nécessité. C’est notamment le cas lorsqu’il attrape les Hannetons, qui peuvent virevolter en importantes colonies en milieu boisé. Nos forêts de feuillus, particulièrement riches en insectes terrestres et qui présentent des sous-bois bien dégagés constituent un terrain de prédation idéal pour le Grand Murin. Il est à noter également que le repérage des proies se fait également par l’ouïe très fine de l’animal.

C’est à la fin de l’été et en automne que se déroule la saison de reproduction du Grand Murin et elle précède la période d’hibernation. La Chauve-souris passe en effet l’hiver dans des grottes (naturelles ou artificielles) dans lesquelles la température ne descend pas sous les 7 degrés et présentant un fort taux d’humidité. Les femelles ne donnent généralement naissance qu’à un seul petit par an, à la fin du printemps. Elles forment de vastes colonies avec les juvéniles, tandis que les mâles vivent une existence solitaire lors de la belle saison. Il ne s’agit donc pas d’une espèce possédant un taux de reproduction élevé… bien au contraire ! D’autant plus qu’en milieu naturel, les Grands Murins ont une espérance de vie assez courte de 4 à 5 ans.

 

Le Grand Murin est protégé au niveau national et européen. Si en France l’état des populations reste satisfaisant, l’espèce est considérée comme éteinte dans certaines zones d’Europe du Nord comme en Angleterre, ou en fort déclin par exemple en Hollande ou chez nos voisins belges. Le Grand Murin possède naturellement un certain nombre de prédateurs comme différentes espèces de Chouettes ou les Martres, mais également les Chats domestiques. Cependant la menace qui pèse sur Myotis myotis est à imputer aux activités humaines. En effet, la fermeture de gîtes favorables aux colonies réduit l’habitat de l’espèce. Nous pouvons citer à titre d’exemple l’engrillagement des ouvertures des toitures des habitations, d’édifices religieux et de leurs clochers, ou encore la sécurisation d’anciennes mines par effondrement de leurs entrées. De plus, l’éclairage public puissant éclairant certains bâtiments, églises et châteaux abritant des colonies, perturbe évidemment la biologie des espèces nocturnes. Enfin l’usage des pesticides sur ou en périphérie des lieux de prédation du Grand Murin présente le double effet néfaste de réduire drastiquement le nombre de proies potentielles, tout en empoisonnant son organisme à petit feu.

Carabe embrouillé (Carabus intricatus), l’une des proies privilégiées des Grands Murins

Le Grand Murin et d’autres espèces du même ordre sont donc des animaux très sensibles aux variations de leurs biotopes, qui se composent de plusieurs compartiments essentiels à la vie de ces animaux : les gîtes d’estivages pour mettre bas et élever les petits, les gîtes d’hivernage pour passer la saison froide et bien entendu, les terrains de chasse. L’étude des populations de Grands Murins est également révélatrice des changements qui s’opèrent dans les milieux qu’ils fréquentent et à ce titre, les Chauves-souris sont écologiquement considérées comme des espèces indicatrices de biodiversité et de qualité environnementale. Nous sommes donc bien loin de tous les fantasmes tissés autour de la prétendue mauvaise réputation des Chauves-Souris et il faut donc espérer être en mesure de les croiser encore longtemps dans les Vosges du Nord !

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