L’église Saint-Louis de Saint-Louis-lès-Bitche, ou l’idéal néo-roman selon Charles Winkler

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Tour-lanterne de la croisée du transept

L’histoire du village de Saint-Louis-lès-Bitche est indissociable de l’épopée verrière et cristallière qui fait encore de nos jours sa renommée. Au tournant du XXe siècle, la prospérité de sa grande cristallerie a permis au village de se doter de l’une des églises les plus spectaculaires du Pays de Bitche. Édifiée entre 1897 et 1902, elle ne se distingue pas par son ancienneté, mais bien par son architecture particulièrement intéressante, due à Charles Winkler.

Le choix d’un architecte prestigieux

Le projet de construction de l’actuelle église de Saint-Louis-lès-Bitche a été motivé par l’exiguïté de la chapelle de la cristallerie, édifiée en 1776. Grâce notamment aux financements de la manufacture et au mécénat de la famille du Coëtlosquet, le village put envisager un édifice d’ampleur et faire appel à l’un des plus grands connaisseurs de l’art alsacien : l’architecte et conservateur des monuments historiques d’Alsace, Charles Winkler (1834-1908) !

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Christ de Wissembourg, Strasbourg, Musée de l’Oeuvre Notre-dame (découvert par Charles Winkler)

Charles Winkler est un architecte originaire de Bavière, qui s’est installé en Alsace où il s’est tout particulièrement intéressé aux monuments du Moyen-Age. Il a été chargé de la restauration de nombreuses églises, telles que l’abbatiale Saint-Pierre-et-Paul de Wissembourg (on lui doit la découverte du Christ de Wissembourg, un intéressant fragment de vitrail, autour duquel s’est forgé un véritable mythe : il fut longtemps considéré comme le plus ancien fragment de vitrail figuratif au monde), l’abbatiale Saint-Pierre-et-Paul d’Ottmarsheim, mais aussi l’église Sainte-Foy de Sélestat. Il a de même été sollicité pour un projet de restauration des ruines du Haut-Koenigsbourg, qui restera à l’état de plans.

Si son action a ainsi permis la sauvegarde de nombreux bâtiments emblématiques de l’Histoire de l’Alsace, elle n’en est pas moins controversée. En effet, en cette fin de XIXe siècle, la restauration d’un monument ne signifie pas la conservation scrupuleuse de son état historique, mais d’avantage la création d’un état idéal. Ainsi, à titre d’exemple, l’église Sainte-Foy de Sélestat a notamment vu ses tours de façade remaniées. L’une a été surbaissée, l’autre rehaussée, toutes deux coiffées d’une toiture néo-romane, afin d’obtenir une symétrie parfaite.

Ces retouches, parfois excessives, sur des bâtiments historiques, caractérisent véritablement l’esprit de l’époque. Il en a été ainsi pour bon nombre d’églises emblématiques, à commencer par la cathédrale Notre-Dame de Paris, remaniée par Eugène Viollet-le-Duc. Pourtant, il faut aussi rappeler qu’en cette seconde moitié du XIXe siècle, nombreux sont les édifices médiévaux menacés de disparition. Ainsi, bien que les architectes en aient sensiblement modifié l’apparence, nous leur en devons aujourd’hui la conservation. C’est d’ailleurs à cette même époque que naît la notion de Monuments Historiques.

En étudiant et remaniant des bâtiments d’époque médiévale, Charles Winkler se présentait dans l’Est de la France comme l’architecte le plus à même de réaliser des projets néo-médiévaux, très en vogue en cette fin de XIXe siècle. Il fut sollicité pour la construction de nombreux édifices religieux néo-romans et néo-gothiques, dont bien entendu celui de Saint-Louis-lès-Bitche.

Pour le projet d’église à Saint-Louis-lès-Bitche, Charles Winkler avait en quelque sorte carte blanche pour créer de toute pièce une construction qui, selon ses critères, serait la perfection romane. Il propose en quelque sorte une vision fantasmée de ce style architectural. Il va ainsi concentrer en une seule réalisation toutes les qualités des bâtiments romans, sans manquer de projeter la perception moderne d’un architecte de la fin du XIXe-début du XXe siècle.

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Chevet de l’église Saint-Louis

L’église de Saint-Louis-lès-Bitche : une folie de style néo-roman rhénan

Pour l’édification de l’église de Saint-Louis-lès-Bitche, Charles Winkler choisit bien entendu le matériau phare de la région : le grès rose.

Le plan de l’église est relativement traditionnel, de type basilical, à trois vaisseaux. La façade, étagée, rappelle formellement celle de l’église Saint-Pierre-et-Paul de Rosheim, reprenant également la présence des acrotères (à Saint-Louis, ils figurent le tétramorphe). Toutefois la façade de l’église néo-romane est beaucoup plus animée.

 

Le porche se développe dans l’épaisseur du mur de façade, à grand renfort de colonnes et de frises sculptées. Le portail est surmonté d’un tympan néo-roman, dû aux ciseaux de Théophile Klem (à qui l’on doit également la figure monumentale de la patronne de l’Alsace, qui coiffe la tour-clocher du Mont Sainte-Odile). Le tympan représente le Christ en mandorle, bordé par deux anges. La figure centrale est flanquée à droite de saint Louis agenouillé, accompagné de sa famille. A gauche, on retrouve une figure papale et sa suite, conférant à l’ensemble une symétrie parfaite. Le niveau du porche est animé par des bandes dites lombardes, caractéristiques de l’architecture romane.

Le niveau supérieur, également souligné d’arcatures, se caractérise par la présence d’une baie tripartite, symbolisant la Sainte Trinité, soulignée par une galerie de statues : le Christ entouré d’anges. Ces-derniers portent chacun un écu inscrit formant la phrase : ego sum via veritas et vita (Je suis le chemin, la vérité et la vie). Le Christ porte le livre flanqué de l’alpha et de l’oméga. De part et d’autre de ce niveau d’élévation ont été aménagées deux niches abritant les figures de saint François d’Assise et de saint Antoine de Padoue, dont la dévotion est tout particulièrement développée à l’époque de la construction de l’édifice.

La façade est coiffée d’un pignon bordé d’arcatures et ornée de l’effigie de saint Louis, portant dans la main la couronne d’épine. Cette précieuse relique, avait en effet été rachetée par le roi Louis IX à l’Empereur byzantin.

Les façades latérales de l’édifice, ponctuées de contreforts, présentent deux niveaux d’élévation, correspondant à celui de la nef et à celui de chacun des bas-côtés. Un beau portail latéral est à relever, orné d’un tympan représentant la Vierge à l’Enfant, bordée de deux anges.

 

Les bras du transept sont percés de deux roses de type roman. Sa croisée est marquée par une imposante tour-lanterne, coiffée d’un dôme à pans de forme ogivale. Cet élément architectural, assez singulier, est directement inspiré de la tour-lanterne de Sainte-Foy de Séléstat que l’architecte venait tout juste de restaurer. Cette tour fait toute la majesté de l’édifice de Charles Winkler. Elle est d’ailleurs sensiblement plus élancée que celle de Séléstat, et chaque pan est percé de baies géminées plus élégantes. Par les modifications des proportions du modèle sélestadien, on note chez l’architecte une volonté de surpasser, ou de porter à son aboutissement total le vocabulaire roman. On note aussi la présence de cadrans d’horloge, témoins du compromis voulu par Winkler entre vision historiciste et modernité.

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Chevet de l’église Saint-Louis

L’édifice se termine par un chevet étagé, marqué par le niveau de l’abside semi-circulaire et par celui du déambulatoire. Ce chevet est assez étonnant, car plus complexe que ceux des églises romanes d’Alsace. Pour cette partie de l’édifice, l’architecte s’est manifestement inspiré de bâtiments plus prestigieux, tels que l’abbatiale de Cluny ou Sainte-Foy de Conques par exemple. Charles Winkler en propose à Saint-Louis une version quelque peu simplifiée. De plus, il a lié visuellement l’étagement du chevet par d’imposants arcs boutants, tirés du répertoire de l’architecture gothique.

Les toitures quant à elles sont caractérisées par des tuiles vernissées colorées, formant des motifs géométriques. Cette particularité se retrouve par exemple sur l’abbatiale de Thann, qui avait été également restaurée par Winkler !

L’intérieur de l’église témoigne du même raffinement. La nef présente trois niveaux d’élévation. Un premier niveau d’arcatures, présente une alternance de piliers et de colonnes, que l’on retrouve dans l’église de Surbourg ou de manière plus spectaculaire dans celle de Rosheim. Les colonnes présentent des chapiteaux sculptés par Théophile Klem d’une facture particulièrement soignée. Une fausse tribune à baies géminées surplombe ces arcatures, et souligne le niveau des fenêtres hautes en plein-cintre. La nef, voûtée en croisée d’ogive, rompt avec le style roman. Cet apport gothique est pourtant essentiel pour Winkler, car les églises romanes d’Alsace présentaient à l’origine le plus souvent des plafonds de bois, solution absolument inenvisageable pour un édifice de ce prestige.

 

Le transept abrite deux autels, les confessionnaux, ainsi que deux lustres spectaculaires provenant des cristalleries de Saint-Louis. La croisée du transept est couverte par une coupole sur trompes.

Dans le chœur, le cul-de-four de l’abside est orné d’une étonnante mosaïque à fond d’or de style néo-byzantin représentant Dieu, les bras grands ouverts. L’espace du sanctuaire s’ouvre sur la galerie du déambulatoire par une arcature soutenue par des colonnes trapues, évoquant par leurs proportions celle de la chapelle de la Croix du Mont-Sainte-Odile. Le déambulatoire, qui fait référence aux églises de pèlerinage du Moyen-Age, est baigné par la lumière des vitraux des Frères Ott de Strasbourg, créés dans le style du XIIe siècle.

 

Le projet d’un presbytère

En 1899, Charles Winkler proposait également d’édifier un nouveau presbytère, dans le même style que celui de l’église. Ce projet, qui ne vit jamais le jour, nous montre le souci d’unité qui animait l’architecte. Il n’en reste que quelques dessins et plans, nous donnant un aperçu de la répartition des pièces et de l’élévation de deux des façades.

Conclusion

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Reposoir en cristal exposé à la Fête Dieu

L’église de Saint-Louis-lès-Bitche, par le soin apporté à sa construction et à son aménagement, témoigne de la prospérité industrielle de la commune. Son architecte a souhaité tirer la quintessence de l’art roman en Alsace pour recréer une église néo-romane idéale. Il a puisé dans sa connaissance approfondie de l’art médiéval pour créer une œuvre singulière. Sa tour lanterne domine toujours la vallée de Münzthal, et veille inlassablement sur les cristalleries de Saint-Louis. Tous les deux ans, à l’occasion de la fête Dieu, un reposoir composé d’éléments en cristal de Saint-Louis vient orner le chœur. Sa prochaine exposition aura lieu en 2016 ! Une fois sur place, n’hésitez pas non-plus à visiter le très beau Musée de la Grande Place, consacré à la production de ce grand nom de la cristallerie française !

4 commentaires

  1. Un très bon blog, natif de St Louis j’apprécie cet article intéressant !
    D.

  2. bonjour,
    le site est très intéressant et les photos sont très belles.
    je me demandais les noms des sculptures des colonnes de la nefs,
    j’ai oublié le nom des deux homme qui se serre la mains et la femme qu’on voile?
    je me demandais également qu’est-ce que représente le blason sur la photo de la colonne

  3. Adam-Burgun Jacqueline

    J’ai ete Marraine des cloches.apres la guerre 39-45 l’orsqu’elles.ont été remplacées .Je voudrais connaître la date de cette cérémonie dont je possède une photo.Merci d’avance.

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