Les sculptures rupestres gallo-romaines des forêts du Pays de Bitche

L’actuel Pays de Bitche, à l’instar de l’ensemble des territoires gaulois, fut progressivement romanisé suite à la débâcle d’Alésia en 52 av J-C. Situé aux confins de la Gaule Belgique, le territoire mosellan est peuplé par les Médiomatriques, qui adoptent peu à peu un mode de vie romain. Ce métissage culturel n’épargnera pas le domaine de la religion. Malgré la relative tolérance de l’occupant à cet égard, les ancestrales divinités se verront rapidement mêlées et assimilées aux dieux romains.
Les forêts du Pays de Bitche conservent de remarquables vestiges de cette période, sous la forme de bas-reliefs sculptés dans le grès, représentant une partie du panthéon gallo-romain.

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Matrone de la Bild Mühle

La Matrone de la Bildmühle

Signifiant littéralement « moulin de l’image », la Bildmühle constitue un ancien écart de la commune de Lemberg. Le lieu doit certainement son nom à la présence d’une sculpture gallo-romain romaine : un moulin avait effectivement été érigé sur le rocher portant l’effigie d’une déesse gallo-romaine.

La sculpture en bas-relief telle qu’elle se présente actuellement est extrêmement érodée et sa lecture en est relativement difficile. Haute de soixante-dix centimètres environs elle représente une figure féminine assise, drapée et tenant dans sa main gauche une corne d’abondance. De sa main droite, elle retenait sans doute une patène, aujourd’hui totalement effacée. Cette représentation renvoie indubitablement à l’iconographie des Matrones. En effet, le culte gaulois des déesses mères et de l’abondance perdura durant l’ère romaine sous l’appellation de Matronae, Matrae ou encore Matres (une autre iconographie les représente assise sur un fauteuil en osier, allaitant deux nourrissons emmaillotés).
La présence d’une corne d’abondance renversée sur le relief de Lemberg, indique la vocation de la divinité : elle devait assurer la fécondité et la profusion. Dès lors il semble évident que la divinité était associée aux sources qui arrosent la vallée et en assuraient la fertilité. Cependant, il est également envisageable que les sources aient été considérées, à l’époque romaine et antérieurement, comme une sources magiques. En effet, les déesses-mères étaient fréquemment associées aux eaux guérisseuses.

Ce lieu, aujourd’hui assez méconnu permet d’aller à la découverte de ce qui fut sans doute un haut-lieu de la spiritualité gallo-romaine.
Sur le site, ne manquez pas les vestiges des moulins de la Bildmühle datant des XVIIIe et XIX e s (Calvaire et lavoir).

Déesse de la Bildmühle
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Source Saint-Hubert – Bas-relief

La source Saint-Hubert

Toujours en forêt de Lemberg, nous découvrons une autre sculpture de l’époque romaine. Il s’agit ici d’une important bas-relief, datant sans doute du IIIe s et courant sur près de 4 mètres de longueur. Les éléments sculptés sont relativement bien conservés, toutefois, le relief a été amputé de sa partie supérieure. On ne distingue plus que les jambes de deux personnages, entourés d’une multitudes d’animaux sauvages et domestiques (chiens, cerfs, sangliers). L’affrontement de ces animaux ne laisse aucun doute quant au caractère cynégétique de la scène.

 

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Source Saint-Hubert – Cascade

L’identification du personnage de gauche semble assez évidente : il s’agit de la déesse de la chasse, Diane, dont on distingue encore la courbe de l’arc qui constitue son attribut majeur. L’identité de la deuxième figure reste toutefois plus complexe à définir. Il pourrait s’agir d’Actéon, comme le suggère la présence d’un cerf à la droite de la scène. En effet, la mythologie et notamment les Métamorphoses d’Ovide, relate la transformation d’Actéon en cerf après avoir surpris Diane au bain. La présence d’une source, au pied de la sculpture semble confirmer la lien de l’épisode représenté avec celui du bain de la déesse, tout comme un détail de la sculpture évoquant la déesse au bain. D’ailleurs, la présence des sculptures est indissociable de celle de la source. A nouveau nous pouvons imaginer un lieu de culte basé sur les vertus d’une eau curative.

Aujourd’hui le lieu est connu sous le nom de source Saint-Hubert. Le saint, à l’instar de Diane, est le protecteur des chasseurs. Placer la source sous le vocable d’un saint chrétien permit de se défaire de son fort passé, effaçant la païenne Diane, au profit d’une figure chrétienne.

 

Le Dreibildstein

En poursuivant le chemin dans la forêt de Lemberg, arrivant sur le ban de Lambach, nous tombons sur un troisième vestige remarquable de l’époque romaine : le Dreibildstein.

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Le Dreibildstein

Il s’agit d’un rocher dont le nom se signifie « pierre des trois images » et qui, curieusement ne représentent que deux personnages en bas-relief, d’une hauteur d’1,40 m environs. Toutefois, en observant précisément l’œuvre, on distingue, à gauche, un arc gravé suggérant une troisième niche. On pourrait même en restituer une quatrième, à droite cette fois-ci.
Le relief se limite pourtant à la représentation de deux personnages hiératiques dans une niche double. En observant attentivement les silhouettes, on peut en déduire qu’il s’agit d’une femme à gauche, et d’un homme à droite. En effet, le personnage de gauche porte les vêtements féminins de l’époque romaine (robe longue et manteau), tandis que celui de droite, présente une tunique masculine, s’arrêtant aux genoux.

Il s’agit à n’en pas douter de divinités. Or l’un des couples les plus représentés et vénérés par les gaulois est l’association du dieu romain Mercure à la déesse gauloise, Rosmerta. On les retrouve sur de nombreuses stèles, notamment alsaciennes. L’une d’elles, découverte à Châtenois et représentant le couple divin en costume rural (musées de Strasbourg), est à mettre en rapport avec le relief de Lemberg. L’état de conservation relativement mauvais de ce-dernier interdit pourtant toute identification précise des personnages.

Des croix ont été gravées ultérieurement, notamment sur le front des divinités, afin de se prémunir, dans un contexte profondément chrétien, des effets nuisibles de cette représentation païenne.

Dreibildstein – Détail
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Le Dianabild

Le dernier relief gallo-romain que nous évoquerons se trouve en forêt de Roppeviller, proche de la frontière allemande. Il s’agit du rocher dit Dianabild, « image de Diane. »

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Le Dianabild ou Rocher de Diane

Il s’agit d’un bas-relief sculpté sur la paroi d’un important rocher. Ses dimensions approximatives sont d’1,50 m x 2 m. L’œuvre, très détériorée par l’érosion est rendue d’autant plus illisible qu’elle est couverte par les lichens et la mousse. Nous vous proposons ci-dessous un scan 3D du relief permettant une lecture optimale de la sculpture.

La figure centrale représente incontestablement la déesse de la chasse, Diane, munie de son arc dans la main gauche, et saisissant une flèche dans son carquois de la main droite. Elle est vêtue d’une tunique, tombant au-dessus des genoux, comme sur la sculpture de la source Saint-Hubert. Il s’agit là de la seule identification fiable de ce bas-relief.
A gauche, se trouve la figure d’un homme nu, tenant une lance. La figure de droite, également masculine et tenant une lance, est vêtue d’une tunique et d’un manteau. Lutz et Esperandieu ont avancé une identification à Hercule pour le premier, et Mars pour le second. Robert Forrer, ne s’avance pas quant à la figure de gauche, mais suppose que celle de droite représente Sucellus, dieu des bûcherons notamment.

Rocher de Diane
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Une fois sur place, ne manquez pas les polissoirs préhistoriques, sur le rocher à quelques mètres du bas-relief. Par ailleurs, allez faire un tour au rocher du Altschlossfelsen, qui vous offrira un superbe panorama sur la partie la plus septentrionale des Vosges du Nord.

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