L’esprit du Breitenstein, légende oubliée des Vosges du Nord

Breitenstein, vue d’ensemble

Les Vosges du Nord, et notamment le Pays de Bitche ont toujours été des terres de légendes. Ondoyantes et impénétrables, ces contrées ont nourri l’imagination de l’Homme depuis des temps immémoriaux. Ainsi, on se rappelle la fonction magique que l’on attribuait, il y a des millénaires, aux affleurements rocheux (polissoirs néolithiques). On se souvient également de toutes ces pierres, de toutes ces sources, que la sensibilité religieuse celte et gallo-romaine avait peuplées de divinités (Bas-reliefs rupestres du  Pays de Bitche ou Liese de Niederbronn). Ces croyances ont survécu, après la christianisation, au travers de lieux de vénération de saints et de saintes en pleine nature (Bild de Siersthal ou Chapelle Sainte-Vérène à Enchenberg).

En parallèle à cette métamorphose des croyances, se sont développés des récits légendaires qui ont illuminé de leur fantaisie les longues soirées d’hiver, au coin de l’âtre. Relatées de génération en génération, ces légendes ont pourtant échoué sur les récifs des tumultes de l’Histoire du XXe siècle. Pourtant, quelques bribes de ce folklore ont survécu, immortalisées par le travail de Louis Gilbert, dans la première décennie du siècle dernier. La légende de la fée du Breitenstein en est l’une des plus fascinantes !

Une pierre druidique

Le Breitenstein est un lieu qui nourrit naturellement l’imaginaire du passant. Du haut de ses sept mètres, il articule encore de nos jours le passage entre la Moselle et le Bas-Rhin. Or, cette étonnante pierre dressée, qui délimitait déjà le territoire des Médiomatriques et des Triboques, fut considérée comme l’emplacement de la sépulture d’un général romain. Elle est citée dans les textes latins sous le nom de lata petra, qui, comme le terme germanique de « Breitenstein » se traduit par « pierre large ». Plus tard, elle servit de borne entre la Lorraine et Hanau-Lichtenberg, dont les écussons et la date de 1609 sont encore partiellement visibles.

Rochers du Dreipeterstein

On peut penser qu’il présentait depuis des siècles des graffiti en forme de croix, destinés à christianiser le site. On peut encore voir de tels gravures sur les rochers du Dreipeterstein, situés à proximité du monolithe. De plus, au moment de la Réforme, Philippe Melanchton vint prêcher au Breitenstein. Toutefois la christianisation véritable du menhir eut lieu en 1787. La modification fut vraisemblablement imputable à un marchand d’Ingwiller, qui décida de coiffer la pierre d’un calvaire d’un mètre cinquante de haut. Il fit aussi équarrir la lata petra afin de flanquer chacune de ses quatre faces de bas-reliefs représentant les douze apôtres. De ce fait, le Breitenstein est également connu sous le nom de Pierre des douze apôtres.

La conservation de ce monument païen est donc le résultat d’une double fonction : celle de borne et celle, tardive, de support à la dévotion chrétienne. Toutefois, la légende qui fait l’objet véritable de cet article relate la volonté de détruire le Breitenstein.

 

La fée du Breitenstein

Fée du Breitenstein

Voici le récit, très bref,  que nous retrace Louis Gilbert dès 1904 dans la revue Pays Lorrain :

A une époque inconnue, décision fut prise d’abattre le Breitenstein. Même si aucune raison n’est avancée, il semble évident que le caractère païen du lieu fut avancé par les vieux conteurs, aux rides accusées par la lueur vacillante de la flamme du foyer.

Bien décidée à renverser le monolithe, une troupe se mit en marche, et arrivée sur les lieux, envisagea la périlleuse entreprise. Après avoir échafaudé le plan destructeur, on s’affaira longuement à la tâche.

Pourtant, au moment où l’on commençait à déloger l’antique pierre, la foule fut prise de stupeur ! La fée, qui y séjournait, sortit du bloc monumental de grès rose. En tournoyant autour du menhir, elle chassa avec véhémence les téméraires qui avaient songés pouvoir faire disparaître son habitat.

Ainsi, plus personne n’osa jamais envisager de faire tomber ce précieux menhir

Le Dreipeterstein et le Kammerfelsen

S’il vous prend l’envie de vous arrêter devant ce monument, en songeant à cette fascinante légende, n’hésitez pas à poursuivre votre chemin jusqu’au Dreipeterstein, et plus loin au Kammerfelsen. Cette promenade, jalonnée de rochers insolites, vous transportera dans un voyage, où les barrières entre l’histoire, la religion, les légendes et la nature sont abolies.

Intérieur du rocher du Kammerfelsen

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