L’Osmonde Royale : Majesté de nos tourbières

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Osmonde Royale

Nos tourbières acidophiles abritent de nombreuses espèces végétales rares dans les Vosges du Nord. Cela s’explique notamment par le fait que ce type de biotope ne constitue que de petites taches ponctuelles au fond de certains vallons et vallées humides. Cet habitat très fragmenté constitue donc de véritables îlots de singularité floristique (et faunistique) qui contribuent à la biodiversité globale de notre région. Parmi le cortège d’espèces présents dans ces milieux, nous avons déjà évoqué les Rossolis dans un article précédent. Dans celui-ci nous allons nous intéresser à un Ptérydophyte, plus particulièrement une fougère, qui croît au sein des Aulnaies sur tourbe : l’Osmonde Royale (Osmunda regalis).

Osmunda Regalis : une étymologie inattendue

Étymologiquement, si regalis (royal) ne pose pas de problème de traduction, le mot Osmunda est sujet à plusieurs interprétations. Nous ne citerons que la plus remarquable d’entre-elles, issue de Etymologisches Wörterbuch der botanischen Pflanzennamen de Helmut Genaust. D’après l’auteur, Osmunda provient de Osmund qui désigne en ancien anglais un fer de qualité supérieure provenant des régions baltiques. Ce métal nordique aurait été extrait de minerai de magnétite et aurait présenté des propriétés très intéressantes en forge. Le mot Osmund proviendrait lui-même de la contraction de deux mots issus d’anciennes langues scandinaves : ass (Ases, les dieux apparentés à Odin) ou os (dieu) et mundr (la tutelle). Ainsi Osmunda signifierait la tutelle/protection des dieux, en rapport avec le caractère défensif de ce fer de qualité exceptionnelle, qui devait être destiné à la fabrication d’armes. Le lien entre la plante et le fer serait lié aux organes qui produisent les spores de la fougères, dont nous parlerons ci-dessous. En effet, ils arborent en premier lieu une couleur verte, avant de virer au beige, puis à un brun rappelant les teintes de la rouille.

Une Fougère singulière

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« Butte » formée par le rhizome à la base des plants d’Osmonde Royale

L’Osmonde Royale est une fougère majestueuse de par sa taille ! Ses frondes peuvent en effet atteindre plus de deux mètres de long et s’organisent en touffes denses jaillissant d’un rhizome. Ce feuillage caduc est visible du printemps à l’automne. Avec les ans, une véritable butte se forme à la base de la partie aérienne de la plante. Les frondes présentent la particularité d’être bipennées, c’est à dire qu’elles possèdent deux niveaux de ramifications. Les folioles sont dotées de bords relativement réguliers, contrairement à la plupart des fougères de nos forêts, pourvues de folioles dentelées. Ce n’est cependant pas la seule singularité d’Osmunda Regalis !

Une Fougère fleurie ?

Sores de sporanges sous les frondes d’une Fougère mâle (Dryopteris filix-mas)

Tout le monde a sans doute déjà eu l’occasion d’observer les sores de sporanges des fougères de nos forêts : ces tâches oranges contenant des spores qui apparaissent sous les frondes à partir de la fin de l’été. Rappelons que ces spores ne sont nullement des graines : elles germent au printemps suivant et ne donneront nullement la Fougère telle que vous la connaissez, mais un prothalle. Il s’agit d’une étape transitoire dans le cycle de vie de la plante. Ce prothalle est souvent minuscule et de forme grossière, mais c’est bien lui qui va permettre la création de gamètes, permettant une reproduction sexuée. On distingue donc deux stades végétatifs au cours du développement d’une fougère : le sporophyte, qui produit les spores et c’est la partie que nous observons le plus couramment ; et le gamétophyte, plus discret mais indispensable à la reproduction sexuée et donc au brassage génétique. Les fougères peuvent aussi se multiplier par fragmentation du rhizome, mais cela ne génère naturellement aucune variabilité génétique. Fermons cette parenthèse et revenons à notre Osmonde : en quoi sa sporulation se distingue-t-elle d’autres espèces ?

Osmunda Regalis ne génère pas de sporanges sous les frondaisons, mais possède un type de fronde particulier dites fertiles. Elles se trouvent en général au centre de la touffe. Tout autour des folioles terminales vont se développer les sporanges formant ainsi des sortes de grappes appelées panicules. L’aspect de ces structures rappellent d’ailleurs l’allure de certaines fleurs c’est pourquoi l’Osmonde royale est souvent qualifiée, par analogie, de fougère fleurie.

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Sporanges en panicules

Une anecdote amusante…

La splendeur majestueuse et l’aspect robuste de l’Osmonde royale a engendré un usage médicinal ancien qui de nos jours prête à sourire. Dans Les Plantes médicinales et usuelles de nos champs, jardins, forêts H. Rodin, membre de la Société botanique de France écrivait en 1872 :

L’Osmonde passe pour être souveraine contre le rachitisme, et cette idée est tellement acceptée par le vulgaire que les paysans en font sécher les feuilles au soleil pour que leurs enfants chétifs puissent coucher dessus. Sans avoir une foi aussi robuste, permettez-moi de vous la recommander assez sérieusement pour guérir les hernies, les chutes, les blessures.

 

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Osmonde Royale

Une espèce menacée

L’Osmonde royale est présente dans de nombreuses régions de France, mais il est rare de pouvoir en observer d’importantes populations. Dans les Vosges du Nord, nous n’avons pu voir généralement que de rares plants isolés. La littérature ancienne relative à la Flore de Lorraine mentionne de nombreux lieux dans lesquels il nous a été impossible d’en retrouver à l’heure actuelle. Il semblerait que l’espèce soit en voie de raréfaction sur le territoire français en raison de la dégradation et ou disparition de certaines zones humides. Les fortes amplitudes thermiques que nous connaissons au cours de l’année ne sont de plus, pas favorables à cette Fougère. Quoi qu’il en soit, elle est protégée en Alsace comme en Lorraine ainsi que dans de nombreuses autres régions de France. Elle a été par ailleurs inscrite sur la liste rouge européenne des espèces menacées depuis 2012 et mondiale depuis 2014 par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature.

Il est donc de notre devoir commun de préserver tant que possible cette Fougère aussi fragile que majestueuse dans les Vosges du Nord en respectant notamment la réglementation en vigueur, en ne causant aucunes nuisances aux plants ainsi qu’à leur biotope.

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