Sibylle-Christine von Anhalt-Dessau : figure méconnue de l’Histoire de la seigneurie de Hanau Lichtenberg

Si nous avons décidé de dédier un article à la princesse allemande Sibylle-Christine von Anhalt-Dessau (1603-1686), c’est en raison du rôle charnière qu’elle aura joué dans l’Histoire du comté de Hanau-Lichtenberg. L’existence de la Princesse est en effet ponctuée par une succession d’événements qui marqueront un tournant capital dans la destinée de la seigneurie : par son second mariage elle nourrira un espoir de grandeur pour le comte Frédéric-Casimir.

Une première union : la Princesse devient comtesse de Hanau-Münzenberg

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Portrait de Sibylle-Christine von Anhalt-Dessau (détail)

Née en 1603 à Dessau, Sibylle-Christine von Anhalt-Dessau est la fille de Jean-Georges von Anhalt-Dessau et de Dorothée von Pfalz-Simmern. Elle épouse en 1627 Philippe-Moritz von Hanau-Münzenberg (1605-1638). De cette union naîtront cinq enfants : trois filles et deux fils. A la mort du comte Philippe-Moritz en 1638, il ne reste qu’un seul fils survivant, Philipp-Ludwig III (1632-1641). Encore mineur, ce-dernier succède à son père sous la régence de Sibylle-Christine. Toutefois, le nouveau comte décéda à son tour en 1641, à l’âge de neuf ans. Ayant été le dernier descendant direct de la lignée aînée des Hanau-Münzenberg, les épineux problèmes de succession commencent à se poser. Le pouvoir revient néanmoins naturellement à Johann-Ernst von Hanau-Münzenberg (1613-1642), dernier héritier mâle de la famille. Sybille-Christine se retire alors en son château de Steinau, mais le décès de Johann-Ernst en 1642 redonnera à la Princesse un rôle important sur l’échiquier de la seigneurie de Hanau.

Une situation conflictuelle solutionnée par un second mariage

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Château de Lichtenberg

Suite au décès du dernier Hanau-Münzenberg, la branche des Hanau-Lichtenberg s’imposait à la succession de la seigneurie, en la personne de Frédéric-Casimir (1623-1685). Cependant, en tant que comtesse douairière de Hanau-Münzenberg, Sibylle-Christine était en droit de réclamer des compensations. Ainsi, pour éviter ces désagréments, il fut jugé préférable d’organiser une union entre Frédéric-Casimir, alors âgé de 24 ans, et la vieillissante Sibylle-Christine, de plus de vingt ans son aînée. Le mariage resta bien entendu sans postérité.

Cette union avait également l’avantage de calmer les alarmes des sujets des Hanau-Münzenberg. En effet, Frédéric-Casimir étant de confession luthérienne, la population majoritairement calviniste de Hanau-Münzenberg pouvait compter sur le soutien de la Princesse, partageant leurs opinions religieuses.

Par ce mariage incongru, toutes les possessions des Hanau furent ainsi réunies pour une brève période. Le comte Frédéric-Casimir, se sentant pousser les ailes d’un grand seigneur, se mit alors à nourrir des projets pharaoniques, en piochant notamment dans la fortune de son épouse. Ainsi, on peut citer en exemple, dans les années 1660-1670, son ambition de créer en Amérique du Sud un état : les Indes-Hanoviennes. Alarmé par la folie des grandeurs du comte, son entourage décida de le placer sous tutelle.

Frédéric-Casimir décéda en 1685 à Hanau et ses possessions – Hanau-Münzeberg et Hanau-Lichtenberg – furent à nouveau séparées, et partagées entre ses deux neveux. La Princesse, mourut un an après son second époux, à l’âge de 83 ans. Elle est inhumée dans la Marienkirche de Hanau.

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Château de Lichtenberg

Le portrait gravé de la princesse Sibylle-Christine

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Portrait de Sibylle-Christine von Anhalt-Dessau

L’apparence de la princesse Sibylle-Christine von Anhalt-Dessau nous est connue par une rare et intéressante gravure sur cuivre datée des années 1680 (peut-être 1685-1686 puisqu’elle est désignée Comtesse veuve de Hanau et de Deux-Ponts). L’auteur du portrait reste inconnu, mais la finesse et la précision de son travail tend à nous dire qu’il est dû à l’un des burins les plus fins de son temps. Certaines zones de l’œuvre sont inachevées, ce qui nous indique qu’il s’agit d’un gravure dite d’état, c’est à dire un tirage préalable, destiné à l’artiste pour juger de l’avancement de son travail. Cette gravure n’a probablement jamais fait l’objet d’un véritable tirage, ce qui en explique aujourd’hui la rareté.

La Princesse est représentée dans un médaillon encadré d’une guirlande de feuilles de laurier, surmontée d’un nœud. La figure surplombe un cartouche développant la titulature du noble personnage.

Le graveur nous présente sur fond noir la Princesse vieillissante, en grand habit de cour. Elle porte une perruque, ainsi que des boucles d’oreilles en girandoles, fixées en réalité non-pas aux oreilles mais à la perruque. Malgré les signes de vieillesse de la Princesse, l’artiste à traduit la grandeur du personnage en insistant sur sa sérénité et sa noblesse.

Le cartouche reprend la titulature suivante :

SERENISSIMA PRINCEPS AC DOMINA DOMINA SIBYLLA CHRISTINA NATA PRINCEPS ANHALTI COMES ASCANIAE etc. VITUATA COMES HANOVIAE RHINIECCI ET BIPONTI DOMINA MUNZENBERGAE LICHTENBERGAE ET OCHSENSTEINII etc.

« Sérénissime Princesse et Dame, Dame Sibylle Christine, née Princesse d’Anhalt et Comtesse d’Ascanie, etc. Comtesse Veuve de Hanau […] et de Deux-Ponts, Dame de Münzenberg, de Lichtenberg et d’Ochsenstein, etc. »

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Portrait de Sibylle-Christine von Anhalt-Dessau (détail)

Ce cartouche est surmonté des armes de la comtesse, elles-mêmes coiffées de la couronne princière bordée d’hermine.

Conclusion 

Sibylle-Christine von Anhalt-Dessau est importante pour l’Histoire du comté de Hanau-Lichtenberg, dans la mesure où, par son second mariage, elle permit de réunir pour un temps toutes les possessions des Hanau. Le comté de Hanau-Lichtenberg, à nouveau dissocié de Hanau-Münzenberg à la mort de Frédéric-Casimir, passera finalement dans les mains des Hessen-Darmstadt en 1736.

Pour l’histoire de Hanau-Lichtenberg, voir aussi :

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