Une symphonie florale : les orchidées sauvages des Vosges du Nord et alentours

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Ophrys bourdon, Ophrys fructiflora

Parmi les plantes à fleurs les plus spectaculaires qui poussent dans nos contrées, la famille des Orchidacées est incontournable. Elle regroupe quelques dizaines d’espèces d’orchidées sauvages dont on peut en rencontrer un bon nombre en périphérie des Vosges du Nord.

Si certaines espèces d’Orchidées se développent très bien sur grès, voire en milieu forestier, la plupart en revanche ne peuvent se passer d’un substrat calcaire non fertilisé. Ces plantes sont en effet oligotrophes, c’est à dire qu’elles nécessitent des milieux pauvres en éléments nutritifs. Leurs floraisons s’étalent sur une période allant de la mi-printemps jusqu’au début de l’été et proposent des inflorescences allant des formes les plus discrètes aux plus extravagantes. Il est par ailleurs intéressant de préciser que les Orchidacées possèdent les fleurs les plus complexes des monocotylédones, spécialisées dans la pollinisation par les insectes. A titre de comparaison, nous retrouvons également au sein des monocotylédones les graminées, carex et joncs pourvus de fleurs nettement moins spectaculaires.

Le nom de la famille des orchidées dénote cependant fortement avec le raffinement floral qui la distingue. En effet, Orchis signifie testicules en grec ancien. Cette appellation ne doit rien au hasard puisqu’elle est liée à l’aspect de l’appareil racinaire de ces orchidées, qui se présente sous forme de deux petites bourses. Au XVIIIe siècle ces plantes étaient également nommées Couillons et portaient des noms évocateurs tels que Testiculus Vulpis, le Couillon de Renard ou encore Orchis ferapias mascula, le triple Couillon de chien mâle.

Dans cet article, nous présenterons quelques espèces que nous avons pu photographier dernièrement. Point d’exhaustivité donc et nous compléterons sans nul doute la liste dans de futures publications.

L’Orchis bouffon, Orchis morio

L’Orchis bouffon est une plante relativement tolérante au niveau du substrat. Elle se retrouve notamment dans les prairies oligotrophes au printemps. La floraison a lieu au cours du mois de mai dans notre secteur et les fleurs généralement pourpres peuvent également être blanches.


L’Orchis mâle, Orchis mascula

Cet Orchis relativement commun possède une inflorescence dont la couleur violette se retrouve sur les fleurs mais aussi sur la hampe. Il peut se rencontrer sur calcaire comme sur grès.

 

L’Orchis brûlé, Neotinea ustulata subsp. ustulata

Il s’agit d’une petite Orchidée aux fleurs formant un épi dense au sommet foncé. Elle se reconnaît notamment aux petites tâches pourpres qui viennent ponctuer les tépales clairs et pousse aussi bien sur grès que sur calcaire. C’est malgré tout sur les sols les moins acides que les plus beaux spécimens sont observables.

 

L’Orchis militaire, Orchis militaris

Cet Orchis est assez imposant puisqu’il n’est pas rare de voir des plants de plus de 50 centimètres de haut. L’épi floral est constitué de petites fleurs denses, roses et tachetées sur la face interne, et pâles sur la face externe. Ce géant des prés ne se rencontre que sur calcaire.

 

L’Orchis à feuilles larges, Dactylorhiza majalis

Voici une Orchidée sauvage qui affectionne les milieux humides et qui se développe très bien sur sols acides. Il est possible d’en observer une belle population sur les hauteurs entre Lengelsheim et le Gentersberg. L’inflorescence violette tachetée de pourpre est d’apparence robuste, renforcée par la présence des nombreuses bractées. Comme son nom l’indique, la plante est dotée de larges feuilles d’un vert foncé tacheté de noir.

 

L’Orchis bouc, Himantoglossum hircinum

L’inflorescence de cette plante, bien que très pâle est tout à fait intéressante : elle englobe pratiquement toute la hampe florale et peut atteindre aisément plus de 60 centimètres de hauteur. Chaque fleur possède un long labelle pendant caractéristique et dégage une odeur rappelant celle des caprins, d’où le nom de l’espèce. L’Orchis bouc est inféodé aux substrats calcaires.

 

L’Orchis homme pendu, Orchis anthropophora

Voici un Orchis de couleur verdâtre possédant un épi floral allongé le long duquel les fleurs sont disposées étroitement. Il tire son nom de son labelle lobé qui ressemble au corps d’un homme pendu. Cette espèce est strictement calcicole.

 

La Listière ovale, Neottia ovata

L’espèce est très commune, cependant peu de personnes y prêtent attention de par sa couleur verte peu attrayante associée à de toutes petites fleurs émaillant un épi toutefois assez élevé. La plante doit son appellation aux deux énormes feuilles ovales qui sertissent la hampe florale. Elle affectionne les milieux ombragés voire humides plutôt calcaires.

 

Le Platanthère verdâtre, Platanthera chlorantha

Les fleurs d’un vert pâle forment un épi peu dense. Chacune d’entre-elles possède un long éperon partant en arrière. La Platanthère affectionne les pelouses basiques.

 

L’Orchis pyramidal, Anacamptis pyramidalis subsp. pyramidalis

Cet Orchis tire son nom de la forme de l’épi fuchsia très vif et dense qui coiffe l’extrémité supérieure de la hampe florale. Facilement reconnaissable, cette espèce se cantonne aux pelouses sèches calcicoles.

 

L’Ophrys bourdon, Ophrys fuciflora

Voici l’une des orchidées sauvages nous rappelant le plus les variétés ornementales que l’on trouve dans le commerce, si l’on ne tient pas compte de la taille des fleurs en épi lâche, nettement plus réduite. Le labelle brunâtre et velu de la plante est orné d’un motif rappelant les ailes d’un papillon. Il existe par ailleurs de nombreuses variations de ce motif et l’on trouve même des plants mutants dont le labelle n’est pas pigmenté, ce qui leur confère une vague couleur verdâtre. Cette Orchidée se rencontre sur terrains calcaires pauvres et secs. Il est à noter qu’il existe d’autres espèces d’Ophrys, sensiblement plus rares et qui peuvent par ailleurs s’hybrider avec l’Ophrys bourdon, rendant parfois l’identification formelle d’un plant plutôt ardue.

 

La Néottie nid d’oiseau, Neottia nidus avis

Ces orchidées sont brunes car dépourvues de chlorophylle. Elles poussent dans les bois, à l’ombre des arbres dont elles parasitent les racines afin d’y prélever la matière organique qu’il leur est impossible de photosynthétiser.

 

La Céphalanthère à longues feuilles, Cephalanthera longifolia

Il n’est pas évident au premier coup d’œil d’associer cette plante à la famille des Orchis ! Sa fleur blanche s’organise tout en courbes et reste facilement identifiable. Il est possible d’observer la Céphalanthère à feuilles longues en grand nombre sur les bords de routes entre Wimmenau et Goetzenbruck autour du mois d’avril.

 

L’Orchis moucheron, Gymnadenia conopsea

Cette orchidée présente une inflorescence qui s’organise en un épi mince relativement dense. De couleur violacée, les fleurs sont pourvues d’un éperon orienté vers l’arrière. La hampe est dotée pour sa part d’une coloration brune foncée. L’espèce est très commune sur les prairies sèches calcaires.

 

L’Orchis tacheté, Dactylorhiza maculata subsp. maculata

Le plant aux feuilles bien vertes tachetées de noir rappelle celui de l’Orchis mâle tout comme les fleurs en épi dense et aux bractées proéminentes. Cependant, celles de Dactyloriza maculata sont nettement plus claires. De couleur rose pâles, elles sont également rayées et tachetées d’une nuance plus soutenue.

 

Certains sites, comme la colline du Bastberg près de Bouxwiller, sont bien connus des amateurs d’orchidées sauvages et hébergent une diversité d’espèces tout à fait intéressante. De plus, il est à noter que le jardin botanique de Saverne possède une impressionnante collection d’Orchidacées où il est même possible d’observer le spectaculaire sabot de Vénus, qui a malheureusement disparu des milieux naturels alsaciens.

6 commentaires

  1. MARTIN Mireille

    merci beaucoup tres enrichissant

  2. Je vous signale une erreur de détermination : parmi les 3 photos d’Orchis mascula, il y en a deux qui représente Anacamptis morio (Orchis bouffon). Ce sont la 2250 et la 2247. La 2218 est bien l’Orchis mâle.

    • vosges-du-nord.fr

      Merci pour votre commentaire ! Il s’agit bel et bien d’une erreur de notre part qui sera rectifiée sous peu.

  3. Bonjour
    Joli compte rendu ,liste non exhaustive pour les Vosges du Nord,toutefois
    votre Ophrys fructiflora m’interpelle ne devrait-on pas le nommer Ophrys fuciflora (F.W. SCHMIDT) MŒNCH 1802 voir Ophrys holosericea (Burm. f.) Greuter ?

    • vosges-du-nord.fr

      Merci pour votre commentaire ! Cette liste n’est, en effet, pas exhaustive et nous le précisions d’ailleurs dans l’introduction de l’article. Ce sont là les espèces que nous avons la chance d’avoir pu photographier et nous ne manquerons pas d’effectuer des mises à jours lorsque l’occasion se présentera.

      Pour le nom de l’Ophrys,il s’agit effectivement une erreur de notre part, nous avons corrigé en fuciflora !

      Merci pour votre contribution et bonne journée !

  4. Elles sont aussi belles que les exotiques mais heureusement pour elles elles restent discretes

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