Dans l’ombre du Falkenstein, un château oublié : le Helfenstein

Rocher du Helfenstein - vue Est

Rocher du Helfenstein – vue Est

Lorsque nos pas nous mènent jusqu’au sommet des majestueuses ruines du château de Falkenstein, c’est un saisissant panorama qui s’offre à nous. Nous surplombons alors les voluptueuses ondulations des Vosges du Nord. Et nous discernons çà et là, dans les ressauts d’une forêt, qui a force de verdir nous semble noire, la complémentarité rougeoyante des crêtes rocheuses. L’œil attentif reconnaîtra le Waldeck, dressant son vertigineux donjon au-dessus des vallées. Et – phare moderne du Pays de Bitche – l’ancienne tour radio de Goetzenbruck s’offre comme un repère dans la houle de cet horizon d’émeraude. On perd son regard dans une immensité, qui rend la proximité insignifiante. Et pourtant, juste à côté de nous sommeillent les ruines d’un autre château de la Vasgovie : le Helfenstein. Oublié pour de nombreux siècles, il reste aujourd’hui encore le parent pauvre de nos forteresses. Rares sont les visiteurs qui en foulent les maigres vestiges… il suffit pourtant de faire quelques pas supplémentaires, comme l’avait fait il y a près d’un siècle Adolphe Malye, érudit et archéologue amateur, qui redonna son nom véritable à un rocher que l’on ne désignait plus que sous le nom de « Wachfelsen ».

La redécouverte des ruines du Helfenstein

Comment l’idée est-elle venue à l’esprit d’un érudit, que ces vestiges, que l’on a longtemps pris pour un avant poste du Falkenstein, étaient en réalité une entité castrale indépendante ? Pour le savoir, il faut se plonger dans les écrits de « l’inventeur » du Helfenstein, le sus-nommé Adolphe Malye.

Ce grand passionné d’histoire locale fut frappé un beau jour de rencontrer dans les lignes de l’ouvrage Ein Wasgauherbst. Von der Schönheit der Nordvogesen de Carl Gruber (1909), la mention d’un château disparu et dont les ruines n’étaient plus localisées. L’ouvrage cite d’ailleurs quelques bribes de l’histoire de la forteresse, nommée Helfenstein, ayant fait l’objet d’une paix castrale conclue sous Frédéric de Saarwerden en 1328, avec les seigneurs de Falkenstein. Par ailleurs, dans le même ouvrage, le Helfenstein est déclaré détruit en 1437. Cette découverte livresque fut le point de départ de l’enquête de Malye, dont la ténacité serait récompensée.

 

La première étape de l’enquête fut de rechercher dans les ouvrages les mentions de ce nom, qui ne résonnait plus même dans les mémoires des populations locales. J.G. Lehmann en faisait pourtant déjà mention en 1878. Les indications géographiques bornant la recherche, et dont disposait alors Malye, étaient plus que vagues. L’ouvrage de Lehmann indiquait que le château devait se situer dans le voisinage du Falkenstein, en direction de Sturzelbronn. Ce-dernier élément, et la mention du village abritant les vestiges de la fameuse abbaye, conduisit Malye à imaginer dans un premier temps que les vestiges du Helfenstein devaient se trouver à mi chemin entre le Falkenstein et Sturzelbronn.

Toutefois, il se rendit un jour de mai ou d’octobre (le mois varie selon les articles de l’auteur) de l’année 1927 au Falkenstein, pour tenter d’y localiser des traces de polissoirs préhistoriques. Il profita de cette exploration pour poursuivre plus loin à l’Est sur la même crête. A une centaine de mètres de là, il fut pris de stupeur en découvrant un rocher, qui lui parut dans un premier temps n’être qu’une ébauche de fortifications. Mais en parcourant le site, caractérisé par un immense monolithe cubique, il identifia tous les éléments maçonnés ou rupestres, d’un véritable château-fort vasgovien, tourné en direction de la vallée de Sturzelbronn.

A son retour, galvanisé par sa découverte, mais plein de doutes, il analysa les différentes mentions du château et en conclut que le Helfenstein devait se trouver à proximité immédiate du Falkenstein. En effet, il tira cette conclusion notamment en raison de l’intéressement de la famille propriétaire de ce-dernier, dans tout ce qui touchait au Helfenstein.

L’analyse que fait Malye des vestiges a prouvé que les deux châteaux se tournaient manifestement le dos.

Fossé du Helfenstein creusé à même la roche

Fossé du Helfenstein creusé à même la roche

Des vestiges sporadiques

Rocher du Helfenstein - Vue Ouest

Rocher du Helfenstein – Vue Ouest

Lorsqu’on quitte le Falkenstein, au-delà du grand fossé creusé dans le roc, il faut parcourir une centaine de mètres pour atteindre un nouveau fossé du même type. Il s’agit là du fossé du Helfenstein, faisant front au Falkenstein. La présence de ces deux fossés est déjà un premier indice, qui tend à prouver qu’il s’agissait d’une entité castrale distincte du Falkenstein. La promiscuité des deux forteresses peut sembler surprenante mais elle n’est pas incongrue. Il suffit de se souvenir de l’étonnant affrontement de la Lützelbourg et du Rathsamhausen à Ottrott pour s’en convaincre.

En gravissant la colline nous arrivons sur un lieu chaotique, enchevêtrement de pierres de taille, de montants de fenêtres ou de portes, dans lequel la rationalité des murailles médiévales ne réapparaît que difficilement. Pourtant, à y regarder de plus près, on parvient à lire au sol le tracé de l’enceinte de la cour du château au Nord, flanquée de bâtiments et d’une tour d’angle au Sud. A l’Est de cette cour se dresse un imposant monolithe de grès, de forme cubique. Curieusement, le rocher est évidé au Nord et au Sud, par ailleurs sur la face Ouest on observe l’ébauche d’un débitage de blocs de pierre.

Du côté Est, on aperçoit un escalier dont l’accès n’est plus possible. D’après les descriptions de Malye, ce premier escalier est assorti d’un second. Larges et confortables ils donnent accès à la plate-forme supérieure. On y trouve une citerne et un puits d’une grande profondeur. Le rocher est entièrement scarifié par des trous de boulins qui accueillaient jadis les poutres d’une structure adossée au roc.

 

Une histoire lacunaire

Rocher du Helfenstein, tel qu’il se présente dans la densité de la forêt environnante

L’origine de cette construction se heurte au mutisme de l’Histoire. Malye la suppose antérieure au Falkenstein et ne voit pas d’objection à lui trouver une origine au IXe ou Xe siècle. Pour ce qu’il en est de sa destruction la date de 1437 en est le terminus ante quem. Toutefois, l’observation du site va pousser Malye à préciser son point de vue. En effet, Il observa – chose que l’ont peut toujours faire de nos jours – que les vestiges et notamment les murailles sont par endroits, surplombées de gros blocs rocheux. Eu égard à la taille de ces bloc, Malye en est venu à supposer que leur disposition ne pouvait résulter que d’un tremblement de terre. Or, les chroniques mentionnent un important événement de ce type, en l’an 1356. S’il disparut au milieu du XIVe siècle, le Helfenstein ne sera sans doute jamais reconstruit, puisqu’il n’en est plus jamais fait mention au-delà de cette époque.

Le voile de mystère qui pèse sur le Helfenstein s’épaissit encore, lorsqu’on cherche à en connaître les propriétaires d’origine. Il n’existe selon l’auteur aucun lien avec les Helfenstein allemands, dont les ruines du château éponyme sont toujours visibles à Geislingen en Allemagne. D’ailleurs, lorsque l’historiographe Schoepflin nous parle de cette famille alsacienne, il la décrit comme nobilitas inferior.

Enfin, il est intéressant de se pencher sur l’étymologie même du nom du château. Il ne semble pas satisfaisant de chercher la facilité et de voir le verbe helfen, « aider » en allemand, comme l’origine du nom Helfenstein. En effet, il n’est pas habituel de trouver dans les noms de forteresses un verbe. Helfenstein pourrait par contre évoquer l’éléphant. En effet, on retrouve le même principe en Moyen haut Allemand avec le terme désignant l’ivoire : Helfenbein. Dans ce cas précis, le terme Helfen vient naturellement du nom Helfant. Il est donc tout à fait possible, comme l’entendait Adolphe Malye, qu’il y ait une référence au pachyderme, peut être en raison de la forme massive du rocher qui lui servit de base. Par ailleurs, l’apparence de l’animal inspire la puissance, d’autant plus qu’au Moyen Age on ne se faisait qu’une idée très imprécise de ce qu’était un éléphant. Cette supposition semble tout à fait cohérente et exprime la même logique que celle qui fait du Falkenstein, la Pierre du Faucon.

L’effacement du Helfenstein de l’Histoire

Si le Helfenstein a fini par déserter les mémoires pour de nombreux siècles, c’est pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il a été victime du temps. Sa destruction ayant été assez précoce, elle a laissé le temps à l’oubli de faire son œuvre. Par ailleurs, la disparition progressive de ses murailles, ayant sans doute servi de confortables « carrières » de pierres pour les chantiers voisins du Falkenstein, la ruine a fini par reprendre l’allure d’un affleurement rocheux, comme il en existe tant dans les Vosges du Nord. Enfin, il faut voir dans le voisinage immédiat du Falkenstein, la plus éclatante éclipse de l’existence du Helfenstein. De nos jours encore, la forteresse ruinée reste la grande inconnue de nos promenades et il semble que le site ait repris l’aspect sauvage dans lequel Malye l’avait découverte.

Un commentaire

  1. hubert streiff

    Je reconnais bien la photo du helfenstein vue est où nous étions arrivés hier,bien tranquilles après l’affluence du falkenstein

    Merci de vos explications

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *