Les Rossolis : pièges mortels pour les insectes de nos tourbières

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Feuille de Drosera Rotundifolia

Sur les berges tourbeuses des étangs des Vosges du Nord vivent d’étranges et délicates plantes : les Rossolis. Discrets, car petits et bien souvent camouflés dans les sphaignes, ces végétaux n’en sont pas pour le moins singuliers : il s’agit d’espèces carnivores. Il existe deux types de Rossolis de la famille des Droseracées, cohabitant dans notre contrée : le Rossolis à feuilles rondes (Drosera rotundifolia) et le Rossolis intermédiaire (Drosera intermedia). Ils se distinguent, comme leurs noms l’indiquent, par la forme de leurs feuilles, se terminant par un disque large pour la première et « en massue » pour la seconde.

Pour les deux espèces, la particularité de leurs feuilles est qu’elles sont recouvertes de petits poils rougeâtres. Ils sécrètent à leurs extrémités, grâce à des tissus glandulaires, un mucilage – une sorte de glu toxique – dans laquelle viennent se coller les insectes. Ces-derniers ainsi pris au piège et tentant vainement de se débattre, provoquent le rabattement des tentacules et de l’ensemble de la feuille autour de la proie, formant ainsi une poche de digestion. Ces mouvements de la plante découlent cependant d’un processus lent, pouvant prendre plusieurs minutes et n’est nullement aussi spectaculaire que la fermeture subite des « mâchoires » des attrapes-mouches (Dionea muscipula). La plante ainsi stimulée sécrète des sucs digestifs qui vont dissoudre les tissus des malheureuses captures. L’absorption des substances nutritives se fait alors par les tissus glandulaires des poils, mais aussi par l’épiderme de la plante.

 

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Repli des tentacules et de la feuille de Droséra sur sa proie

Les Rossolis, comme la plupart des végétaux sont pourvus de racines leurs fournissant eau et nutriments, et leurs pigments photosynthétiques leurs permettent de synthétiser la matière organique dont elles ont besoin ! Quel est donc l’intérêt pour ces plantes de digérer des insectes ? Le substrat tourbeux et acide est un milieux très pauvre en azote, néanmoins nécessaire à la synthèse d’acides aminés. La prédation et la digestion d’insectes riches en protéines et donc en azote est une adaptation évolutive à ce manque.

Les fleurs des Rossolis sont petites, composées de cinq pétales blancs et s’organisent en épis lâches. Elles ne s’ouvrent que lorsque l’exposition solaire est maximale et n’ont rien de bien attrayant. Ce sont donc naturellement les feuilles qui ont donné leur nom à cette famille. En effet Drosera signifie « couvert de rosée » en grec, ce qui fait bien entendu allusion aux gouttes de mucilage recouvrant l’extrémité de chaque poil tapissant les frondaisons. Le terme Rossolis, provient pour sa part du latin ros solis signifiant littéralement « rosée du soleil ».

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Épi floral de Droséra

Il est intéressant de préciser que ces plantes carnivores ont depuis longtemps suscité la curiosité des scientifiques. On peut citer l’exemple de Charles Darwin qui étudia notamment les mouvements opérés lors des captures en stimulant les Rossolis à l’aide de petits morceaux de viande ! Il a notamment mis en évidence la réaction vive de la plante à un stimulus causé par de la matière organique animale mais qui reste totalement insensible au stimulus mécanique des gouttes de pluie, évitant ainsi tout mouvement inutile.

Pour conclure, précisons que ces Droséracées sont protégées sur l’ensemble du territoire français. Vous pourrez en observer, sans impacter sur leur milieu de vie, depuis les passerelles en bois aménagées au dessus de la tourbière de l’étang de Hanau à Philippsbourg. Les Rossolis sont de véritables espèces emblématiques de nos tourbières acidophiles. Elles sont d’ailleurs souvent mises en avant sur les panneaux pédagogiques de la réserve des rochers et tourbières du pays de Bitche.

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